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Sr Françoise Thérèse à ses trois soeurs - 23 février 1919

 

Sr Françoise Thérèse Martin à ses trois sœurs du Carmel

V+J! De notre monastère de Caen 23 Février 1919

 

Chères et si aimées petites Sœurs,

 

Voilà le Carême qui oblige nos petites plumes à se taire, mais le langage du coeur à coeur en Celui de notre Bien-Aimé est de toutes saisons et remplit l’âme de joie et de paix.

Je te remercie, mon aînée chérie de m'avoir fait part de ce nouveau deuil; elle est la sixième envolée pour la vraie Patrie des Cieux depuis mon heureux séjour au milieu de vous; c'est beaucoup et bien douloureux pour le coeur si sensible et maternel de notre petite mère tant aimée de Jésus qui le lui montre bien en ne se gênant pas avec elle. Nous lirons avec bien du plaisir le récit de cette vie si courte, mais si pleine; au lieu de pleurer la mort des élus de Dieu, on serait tenté de chanter un Gloria Patri, car ils ne meurent pas puis qu’ils entrent dans la vraie vie.

Tu as eu 59 ans hier, mon aînée très chère, aussi ai-je fait pour toi la sainte communion, c'était un besoin de mon coeur tout filialement aimant et un tribut de reconnaissance qui t'est bien dû. J'ai une peur terrible que l'une de vous trois s'en aille avant moi, mais il faut, je le sens, qu'en cela comme en tout le reste, je vive dans le plus parfait abandon à la volonté de notre Père Céleste et que même je me tienne toute prête à n'aller à Lui que la dernière si tel est son bon plaisir, mais j'espère qu'il n'en sera pas ainsi, j'attends cela de sa très grande miséricorde de me rappeler à Lui la première. Vous n'avez sans doute pas dans votre livre de cuisine la recette pour faire du pain d'épice, aussi nous vous l'envoyons pensant que cela pourra vous rendre service pour vos jours de fêtes et ainsi faisant tous nos petits ex­ tras chez nous, les gens du monde ne seront plus scandalisés et ne diront plus leur indigne mensonge que nous ne nous nourrissons que de gâteaux.

Voilà longtemps que j'ai dans l'esprit un délicieux portrait de notre sainte chérie au milieu de ses colombes blanches voltigeant autour d'elle, ma petite Céline, tu dois te rappeler aussi bien que moi ce délicieux et ravissant tableau mais je sais que pour le moment tu as autre chose à faire, mais cependant j'espère qu'il sera mis à exécution et verra le jour dans un temps plus ou moins éloigné à la grande satisfaction du monde entier.

J'ai perdu par ignorance une occasion qui m'aurait emporté cette lettre et la petite Voie que vous voudrez retoucher, mais tant pis, nous en retrouverons une autre après Pâques, la plus pressée c'est ma lettre qui va partir par la poste.

Je vous aime et vous embrasse de tout mon coeur, petites sœurs des trillards de fois chéries.

Sr Francoise-Thérèse Martin

D.S.B.