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Sr Françoise Thérèse à ses trois soeurs - 27 décembre 1919

Sr Françoise Thérèse Martin à ses sœurs du Carmel

V + J De notre Monastère de Caen 27 Décembre 1919

Petites sœurs si aimées,

Pour 1920, que nous souhaiter mutuellement, si non l'amour qui s'est incarné avec le Fils de Dieu pour embrâser (sic) tous les cœurs. La terre est donc déjà le Ciel, puisque Jésus y est avec nous; un petit Enfant nous est né, un Fils nous est donné (chante la Ste Eglise). En effet, nos cœurs ne sont-ils pas des calices où tombe chaque matin en trait de feu le grain de froment qui nourrit nos âmes à l'immortalité; en vérité, nous n'avons rien à envier, même à la Vierge Marie notre divine Mère, puisque son Jésus notre frère, naît en nous et y est conçu. Aussi, ma petite Maman très chère, ta délicieuse poésie est la fidèle expression de tout ce que je ressens au plus intime de l'âme et que je suis impuissante à exprimer; de plus, je vois dans cette humble rose devenue si glorieuse et si belle, notre sainte chérie dont les fêtes de la béatification seront pour 1921, vous verrez petites sœurs chéries.

Un gros et chaud merci à notre petite Sr Marie de la Trinité, de me gâter ainsi en nous envoyant la plupart de tes chapitres ma petite Maman, quelle manne délicieuse ! pour ma petite âme, je suis très bien gratifiée pour comprendre les choses de Dieu et je m'écrie dans ma reconnaissance (parce que je suis petite et faible, Jésus s'abaisse vers moi et m'instruit doucement de ses secrets d'amour) Que notre petite sœur soit donc bien assurée que nous partageons nos trésors avec sa petite visitandine qui aura connaissance aussi de la jolie poésie de Noël; merci de ses vœux si affectueux et qu'elle reçoive les miens si religieusement fraternels.

Et les albums de la petite Voie, que c'est exquis! couverture tapis de violettes, tout, tout est délicieux. Seulement c'est si délicat, pour circuler de mains en mains, que j'en voudrais trois exemplaires de l'édition populaire, je suis une petite gourmande qui ose tout demander à sa Maman qui ne peut rien refuser à son audacieuse petit enfant qui se fie pleinement à sa tendresse; pourrait-il faire autrement? Impossible! Impossible!

Ma chère petite Céline, oui j'ai bien reçu ta longue et si intéressante lettre, quel plaisir  ! me font toujours du reste vos missives, petites sœurs chéries, qui sont pleines de tendresse et d'encouragement car les luttes ne me manquent pas, je vous assure, parfois le pauvre petit est prêt à rendre les armes, je me jette dans les bras de mon Jésus, je Lui demande que son propre amour brûle sans cesse dans mon coeur, qu'il consume tout mon être, alors pour l'ordinaire, le calme revient et je crois que souvent il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Pardonnez-moi ce style si décousu, j'ai été extrêmement dérangée de toutes manières, les derniers jours de l'année étant très chargés chez nous. Ce que vous me dites de Jeanne, m'a grandement consolée, Deo gratias !!!

Bonne, sainte et heureuse année! à tout mon Carmel si aimé .J'ai pris une bien vive part au grand deuil de Sr. M. Emmanuel et de sa sœur, comme nous elles retrouveront le toit paternel au Ciel.

A Dieu et merci, je vous embrasse de tout mon coeur, trio chéri.

Sr Francoise-Thérèse Martin

D.S.B.