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Sr Françoise Thérèse à Mère Agnès de Jésus - 3 novembre 1918

Sr Francoise Thérèse Martin à sa sœur Mère Agnès de Jésus

V+J ! De notre monastère de Caen le 3 Novembre 1918

Petite maman chérie,

Je sors de retraite et j'accours me jeter dans tes bras pour te dire que Jésus n'a été qu'amour et miséricorde pour son "tout petit" comme on y voit clair en retraite  ! et comme l'on comprend que notre vie ne doit être qu'une immolation non interrompue; il faut que l'amour propre meurt à petit feu et le vrai bonheur n'est que là! on est toujours content du bon Dieu enfin, c'est la paix du Ciel quand Jésus est consolé, qu'Il est glorifié.- Comme ma Thérèse chérie, je pose chaque matin aussitôt levée, notre Crucifix sur notre oreiller et je dis aussi à mon Bien-Aimé, reposez-vous, vous avez assez travaillé, assez pleuré et assez souffert, c'est à mon tour, etc...

Quand je souffre, la méthode de ma petite Céline, m'aide beaucoup, comme elle, je dis, je veux bien souffrir, l'angoisse, l'exil du coeur, je veux tout, j'accepte tout, c'est vrai que cela fortifie malgré que l'on ne sente rien, que tout au contraire l'âme agonise et que sous le pressoir, elle est comme pulvérisée; on se demande parfois si l'on ne court pas à sa damnation; mais non quand même Dieu me tuerait, j'espérerais encore en Lui et que j'aime à redire aussi (ô mon Jésus, fais qu'à ton heure, je tombe aussi, mais dans tes bras, puisqu'où l'arbre tombe, il demeure de là je ne sortirai pas) Tu sais ma petite maman, que ta délicieuse poésie sur la "petite voie" je la chante sur l'air "la plainte du Mousse", essaye, tu verras que cela fait très bien et cela me va plus à l'âme que de la lire... Voilà mes résolutions.

Puisque vivre d'amour, ce n'est pas sur la terre fixer sa tente au sommet du Thabor: Il me faut donc avec Jésus, gravir le Calvaire et regarder la Croix, comme un trésor. Alors, je dois prendre le contre pied de mes inclinations qui me portent à fuir le sacrifice et la souffrance; pour cela m'efforcer d'aller au devant: voir Notre Seigneur me tendre la main dans les occasions pénibles où je serais tentée de reculer, enfin éviter avec le plus grand soin, tout ce qui pourrait Lui causer une déception. Mais avant tout, je veux travailler à l'humilité et à la douceur et en marquer cinq actes chaque jour. Si tu savais à quel point notre Mère chérie m'a été bonne et toute dévouée pendant cette retraite, nous ne remercierons jamais assez le bon Dieu de nous avoir donné un tel trésor, pour ma part, je me fonds de reconnaissance.

Nous venons de recevoir ces jours-ci le précieux paquet confié à la bonne Sœur de la Providence pour le 30 septembre, enfin, il faut mieux tard que jamais et puis c'est une bonne fortune pour le Jour de l'an car tout cela est ravissant et les cartes postales coloriées, que c'est joli, quelle délicatesse ajoutée à une infinité d'autres. Merci  ! Merci  ! petites sœurs chéries. On croit généralement que notre Sainte n'a jamais pu suivre à cause de sa santé, votre règle austère dans toute sa rigueur; mais je crois que c'est une erreur; il me semble, ma petite maman que tout au contraire, elle a dû la suivre au moins deux ans dis moi, je t'en prie si je me trompe sur ce sujet. Je désire vivement que vous continuiez à ne pas avoir le temps d'être malades; nous sommes toutes ici plus ou moins grippées, mais sans aucune gravité, grâce à Dieu nous sommes toutes debout.

Je vous embrasse bien tendrement

Sr Francoise-Thérèse Martin

D.S.B.